Un jour, je me promenais avec Matsumi, une copine japonaise, sur les berges du Canal de l’Ourcq, dans le riant département du neuf trois. Quelques peu fatiguées par l’air du large, nous nous assîmes sur un banc. Sous nos yeux, coulait l’eau du canal aussi sombre et opaque, que celle qui orne les atolls de nos rêves peut-être d’un bleu turquoise et transparent. Sur l’autre berge, des containers rouillés, une usine désaffectée. Sous nos pieds, la pelouse. Le paysage nous invitant à la rêverie, Matsumi me posa d’une manière quelque peu abrupte, puisque sans transition, une question cruciale : C’est quoi la féminité ?
Euuuuuuuuuh... J’sais pas... Bonne question. Depuis, cette question me hante. C’est quoi la féminité ? J’y ai trouvé plusieurs réponses qui ont toujours fini par céder au doute... J’avais même inventé un néologisme : la féminitude.
Explication : la féminité, c’est du travail, c’est pas de l’inné et ça réside dans l’attitude. Après, j’ai changé d’avis. La féminité, c’est une identité. Tu nais femme. La féminité, c’est être une femme, point barre. Depuis, j’ai encore changé. J’ai ouvert mon petit Robert : Féminité n.f. : Caractère féminin ; ensemble des caractères correspondant à une image biologique et sociale (charme, douceur...) de la femme. Contr. Virilité
Donc, pour être féminine, il faut non seulement être une femme (condition biologique) et correspondre à l’image qu’on s’en fait (condition sociale). Si on en croit Little Bob, la femme ne peut pas être virile, mais elle peut être masculine et l’homme ne sera jamais féminin, il sera efféminé. Pas pareil ! J’suis pas convaincue de tout ça. Ça fait un p’tit moment qu’on dit que les hommes ont une part de féminité et réciproquement et je serais plutôt d’accord avec ça.
De plus, ces derniers temps, j’observe un phénomène qui réveille mon démon de la perplexité : les robes sur pantalons. Y a eu la période de l’androgynie. Une certaine ambiguïté. Une identité trouble, femme et homme à la fois. Ou l’inverse. Et maintenant, j’ai l’impression, que nous revendiquons notre féminité, à grand renfort de clichés (robe à froufrous, décolletés vertigineux, tissus à fleur) mais tout en gardant l’emblème de la virilité : le pantalon. Résultat : un truc bâtard qui ne satisfait personne. Je ne vois pas comment un mec qui aperçoit le haut d’une silhouette ultra féminine, réagit, quand il aperçoit le pantalon sous la robe, un peu comme les culottes bouffantes sous les robes d’antan. Ça doit être décevant, voire frustrant.
J’ai l’impression que le message qu’on envoie, c’est : oui, je suis une femme et je t’emmerde, et si tu veux voir sous les jupes des filles, comme dirait Alain, eh ben macach, ceinture.
C’est bizarre. Je sacrifie à cette drôle de nouvelle habitude, mais je m’interroge... A quoi ça rime une féminité mâtinée de masculinité ? Une volonté d’affirmer qu’on n’est pas que féminine, qu’on peut être virile.
Certes, mais pourquoi l’afficher ? Ça me semble plus relever de la dissuasion qu’autre chose, comme si une menace planait et que le fait d’être à 100% féminine constituait un danger. Pourquoi s’habiller en femme de la tête aux pieds devrait empêcher de penser à sa façon, parfois comme un vrai mec, parfois comme une vraie nana ? Pourquoi, maintenant, l’extérieur doit-il à tout prix refléter l’intérieur ? Les grands couturiers auront bon se tempêter le cerveau jusqu’au pétage de câble, je ne vois pas comment ils pourraient refléter les méandres du cerveau humain. Faut pas tout confondre.
Ce phénomène de robe sur pantalon, je l’explique de deux façons. On est dans une société où sévit la dictature de l’apparence et où il ne fait pas si bon que ça d’affirmer complètement sa féminité, sans sacrifier un minimum (un gros minimum) aux rites masculins. Par contre, la question de Matsumi... toujours pas trouvé LA réponse. Peut-être parce qu’il y a autant de réponses qu’il y a de femmes ou d’individus...