Il y a peu, je voulais contacter ma banque, plus exactement causer avec ma conseillère. Une petite histoire de découvert de dix euros qui me vaudrait un agio de vingt, si je ne prévenais pas à temps la gardienne de mon compte en banque. Il s’agissait, donc, de la convaincre. Pour ce, la communication, même téléphonique, est le seul moyen que j’avais trouvé pour faire passer mon tremolo dans la voix et lui confier que je comptais sur son bon sens et son intelligence pour éviter ce genre de situation absurde.
Aussi, avant ce coup de fil, je m’étais prêtée à une intense méditation, à seule fin de ne pas traiter ma conseillère de larbine du grand capital, de pompe à fric et de ne pas la flageller, téléphoniquement parlant, seulement, hélas, si celle-ci, avait l’impudence de commencer une leçon de morale sur l’intérêt de ne pas se mettre à découvert pour ne pas avoir à payer d’agio. Facile à dire...
Tout semblait devoir bien se passer.
J’ai décroché mon téléphone, composé le nouveau numéro, de ceux qui coûtent 0.34 euros la minute et attendu. Chanson niaise sur la liberté, comme si banque et liberté avaient quelque chose à voir ensemble.
2 minutes.
Une voix synthétique s’adresse à moi et me donne les mots magiques.
Vous désirez des renseignement sur votre compte, dites : COMPTE.
Vous désirez avoir des renseignements sur votre agence ou contacter l’un de nos conseillers, dites : AGENCE.
J’y étais. Obéissante, soumise, j’ai dit AGENCE, j’ai tapé sur la touche dièse et j’ai attendu.
3 minutes.
Là, la même dame virtuelle m’a dit de prononcer le nom de la ville de ma banque. Je l’ai fait.
2 minutes.
Et puis, j’ai été balancée sur le standard de mon agence çà moi. Une voix synthétique ancienne génération m’a susurré que tous les conseillers étaient actuellement en ligne et que le mieux que j’avais à faire était d’attendre.
4 minutes.
J’avais beau faire, je sentais mes shakras se refermer et ma tendance à couvrir de propos orduriers celui ou celle qui commence à me les briser menu, remonter à la surface. L’incroyable Hulk commençait à se faire sentir et Mr Hyde à me faire des clins d’œil.
Au bout d’un certain temps,
4 minutes...
Rebasculement sur le premier standard.
Vous désirez des renseignements sur votre compte, dites COMPTE.
Vous désirez avoir des renseignements sur votre agence ou contacter l’un de nos conseillers, dites AGENCE.
Okkkkkkkkkkkkkkay..................
AGENCE !!!!!!!!!!!!!!! Mon self-control partait en vrille.
Retour au standard de mon agence.
Veuillez patienter.... Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.
J’en étais à 15 minutes de consommation, pardon, de communication, mais peu importe, là, je venais d’engager un combat entre moi et la machine.
Alors, avec la régularité d’un métronome, je suis passée d’un standard à l’autre.
Le côté répétitif de la chose me tapant sur le système, j’ai quand même fini par me foutre de la gueule de la pouf synthétique. Je pouvais lui dire n’importe quoi. Ca ne changeait rien...
Elle a eu droit à péripatéticienne, anticonstitutionnellement, grenouille, chaussure, AGENCE hoquetés entre un fou -rire et un sanglot.
Rien !
Ah si ! 10 minutes d’écoulées....
Le point d’orgue a été atteint, quand l’une me suggérait très poliment de raccrocher et de réessayer ultérieurement, tandis que l’autre me conseillait d’attendre...
Là, j’ai craint pour ma santé mentale et j’ai raccroché. Oui, je sais, c’est moche, non seulement la machine m’avait vaincue, mais elle me l’avait d’autant plus mis profond, que j’en étais pour 38 minutes de communication surfacturée.
Vous pourriez me dire que j’aurais dû raccrocher bien avant, au lieu de jouer les têtes de mule, mais je suis une mule...
J’ai quand même essayé de tirer une leçon de cette "mésaventure", et ce sont les paroles de Téléphone, qui me sont venues à l’esprit : Parlez / Parlez dans l’hygiaphone / T’as pas besoin d’sonner / Demande à l’interphone / Si t’as envie d’quelqu’un / Décroch’ton téléphone /(...) / Danse / Joue ton électrophone / T’as pas besoin d’gueuler / Demande au mégaphone / Bientôt au bout du fil / Tu n’auras plus personne.
Ayé ! Maintenant, c’est fait...