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Dragounette s’achète des fringues


LES AVENTURES DE DRAGOUNETTE : CHRONIQUES FRAÎCHES ET PIMENTÉES D’UNE FILLE QUI A UN SACRÉ SENS DE L’OBSERVATION.

mercredi 17 janvier 2007, par Dragounet

Mes raisons pour aller m’acheter de nouvelles fringues sont toujours bonnes. Soit, j’ai un besoin urgent de remédier à une pénurie de hauts ou de bas, soit, tout simplement l’envie, le désir absolu de posséder un ensemble Pretty Woman, une jolie robe à fleurs, un jean, une écharpe, un raton laveur, une madame Untel, un citron, un pain, un grand rayon de soleil, une lame de fond, un pantalon, etc., etc.


J’ai mes envies de couleur, aussi : le rouge quand j’ai envie d’envoyer paître les préjugés à la mords-moi l’nœud qui l’associent au vulgaire et au voyant. Moi, je trouve le rouge beau et sensuel. Pis d’abord, il n’a pas mauvaise réputation partout. Y a des pays où l’on aime le rouge. Ben moi, j’aime ces pays !
Mais le noir m’attire aussi, parfois le blanc... Les couleurs qui pètent... Je ne suis pas sectaire.


Et mon dernier moteur, c’est le rêve, de petite fille, peut-être, pas forcément. ... Celui de ressembler à la princesse de conte de fée ou à Barbie si on a eu la "chance" d’en avoir une.... Après, le rêve évolue, c’est tout. Adolescente, je voulais ressembler aux images de papier glacé. Miroir aux alouettes. Piège pour petites oies blanches. Ces images trafiquées où l’on grime des gamines dont le corps n’est pas fini en femmes fatales. Des corps de jeunes filles aux allures de salope. La pureté sexuée. Le sexe aseptisé. Rêver à ces icônes, c’est nier sa féminité, mais le diktat est parfois si fort...

Le jour où j’ai compris, que même dans une autre dimension, une autre vie, un autre univers parallèle, je ne pourrais jamais ressembler à Kate Moss, c’est comme si un vent de lucidité s’était mis à souffler sur la morne plaine de mes espoirs chimériques... Et ce jour-là, mes rêves devenus accessibles ont cessé de me faire souffrir.

En tout cas, c’est toujours le pied léger et le cœur en paix que je franchis le seuil d’un magasin de vêtements.

D’abord, j’observe, je regarde, je tâte l’étoffe, je compare les prix, je trie.
Ensuite, je choisis les frusques que je vais essayer. Le nombre peut varier : de zéro à... une dizaine. Aucune règle.

Dans une boutique de fringues, le temps devient élastique. Je pense que c’est profondément mystérieux pour un homme, d’envisager qu’on puisse passer des heures, dans des locaux surchauffés à se déshabiller, se rhabiller, se redéshabiller, se rhabiller et ainsi de suite, jusqu’à l’infini, pour les infortunés compagnons masculins qui ont eu l’extrême bonté ou la touchante candeur de nous accompagner dans nos activités shopping.
Cela dit, un de mes jeux favoris, quand je vais pratiquer la chasse aux frusques, est d’observer la gent masculine. Pour le plaisir des yeux ? Pas toujours...

-  1. J’aime observer leur mine déconfite et blasée, guetter l’incrédulité dans le regard éteint d’un mâle affalé quand sa douce et tendre lui demande si il préfère le haut rose avec des bretelles, ou le mauve à manches courtes, alors que ça fait une heure qu’il essaie de s’évader par la seule force de l’esprit dans une contrée lointaine où tout le monde vivrait nu et où le simple fait de prononcer le mot "mode" vaudrait à son auteur de se faire couper la main.

-  2. J’aime bien aussi le petit jeu des regards dans le miroir quand le rideau ferme mal ou quand il s’ouvre malencontreusement. Ces chevaliers servants qui nous accompagnent dans nos escapades vestimentaires auraient-ils des arrière-pensées ? Caresseraient-ils en secret le doux rêve d’apercevoir la nudité interdite d’une inconnue dans le miroir de la cabine d’à-côté... Va savoir...


Là où j’en ai la quasi certitude, c’est quand je vais m’acheter de la lingerie. Y a les discrets qui regardent furtivement le modèle choisi. Les surpris, qui n’arrivent pas à dissimuler la dilatation de leur rétine au vu d’une guêpière affriolante, d’un bonnet profond comme les gorges du Verdon ou d’un string brésilien.


Et là, j’essaie d’imaginer ce qu’ils peuvent se dire, si, à ce moment-là précis, ils sont encore en état de penser... Est-ce qu’ils comparent notre allure extérieure à la lingerie qu’on a choisie ? Est-ce qu’ils se font des réflexions du style : "Hum, hum, tenue sage et lingerie fine... Coquine, va !" ???
Je ne sais pas, et ça m’intrigue. Mais vouloir pénétrer dans le cerveau d’un homme, c’est un peu comme s’introduire dans le labyrinthe de la matrice. On sait quand on part, mais on ne sait pas quand on revient, si l’on revient... Aaaaah ! Mystères insondables !

-  3. Non, il n’y pas de troisième raison. Les deux premières me suffisent.

-  Quand les essayages sont terminés, vient le temps des désillusions, celui où l’on passe à la caisse au sens propre comme au figuré. Le tout est de ne pas être son propre bourreau. "Juste pour le plaisir, des fringues tu achèteras." Tel devrait être le seul et unique commandement de l’acheteuse de vêtements.

 

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