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Dragounette fait du sport


NOUVELLE CHRONIQUE FRAÎCHE ET PIMENTÉE D’UNE FILLE QUI A UN SACRÉ SENS DE L’OBSERVATION

mercredi 16 août 2006, par Dragounet

Un jour, j’ai fait du sport. Pas pour le plaisir, non, pour autre chose. Et, qui plus est, dans ces usines à gonflette, ces pompes à fric, où sous couvert de cardio-training et autres pipeaux médicaux, on te vend cher et éventuellement à crédit, l’utopie d’un corps de rêve et d’une vie parfaite puisque c’est bien connu, ne peuvent aspirer au bonheur que les élus pourvus d’un corps sec, musculeux et puissant, pour l’homme ; mince, musclé, dépourvu de masse graisseuse mais pulpeux quand même pour la femme ( l’idéal féminin me semblant quelque peu paradoxal et ma foi plus difficile à atteindre que l’idéal masculin...).



Le jour de mon premier cours, je pénétrai parée, non... costumée, ah pardon... déguisée, non plus, c’est pas encore ça... ah oui, vêtue d’une tenue de sport dans le temple de la sculpture sur chair vivante.
Immédiatement, le miroir du fond, celui dans lequel tu te retrouves face à ton reflet pendant toute la séance, m’a sauté aux yeux.


Ce jour-là, c’était cours de step.
Il y avait déjà des assidues venues plus tôt pour avoir leur place au premier rang et pouvoir s’observer sans obstacle, c’est-à-dire, sans autres filles devant elles. C’étaient les habituées, les zélées, les fayottes, bref, les bonnes , celles à qui la brassière à double bretelle, le bandeau éponge dans les cheveux et le string vert fluo superposé à un collant fuchsia (pour faire contraste) va bien.
Et puis, sur les bords, déjà fatiguées à l’idée de commencer la séance, avachies contre tout ce qui pouvait les soutenir, les autres, celles qui n’étaient pas rentrées dans le move, qui ne surfaient pas sur la vibe de la body-attitude, les boulets, les pas toniques. Bref, les nanas comme moi.
Tandis que le premier groupe discutait de la dernière choré de danse africaine et s’échangeait des trucs d’initiées pour manger sans grossir, ou l’inverse, nous autres les parias, nous observions en chiens de faïence, tentant parfois un sourire timide, mais pas encore solidaires, parce que pas encore dans l’adversité.
Ca n’allait pas tarder.




Kévin, le prof de step fit son entrée. Bises dans le vide à ses groupies, petite pichenette sur la croupe de sa favorite, Kévin était beau comme une couverture de "Muscle magazine". Beau comme garçon, dirait Clarika. Beau et con, à la fois, aurait dit Jacques Brel.
La séance débuta très vite.
J’aurais envie de dire, trop vite.
La musique avait à peine commencé que je n’étais déjà plus dans le rythme. Petit réconfort, je n’étais pas toute seule.
Tandis que les douées s’agitaient consciencieusement, déployant harmonieusement leurs muscles, d’autres suaient comme des porcs, dévoilant au moindre mouvement de superbes auréoles.




Tandis que les unes obéissaient aux ordres de Kévin, ne lâchant pas leur reflet du regard, soit en quête du moindre défaut qui dénierait l’image qu’elles voulaient atteindre, soit pour connaître les plaisirs de Narcisse, les autres, elles, révélaient de graves problèmes de coordination. Là, cachées au dernier rang, elles tentaient d’échapper à l’image désastreuse de mongolitos que leur renvoyait le miroir. Sans succès. Et quand le miroir leur épargnait la triste réalité, il leur suffisait de croiser le regard, condescendant, dans le meilleur des cas, indifférent, parfois, mais le plus souvent méprisant des douées du step, pour comprendre qu’elles n’étaient pas à leur place. Ne pas oublier que dans un cours de step, la population est essentiellement féminine. Et que, qui dit population féminine, dit : aucune pitié pour les défauts de l’autre, éradication de la moindre rivale potentielle, qui risquerait de mettre en danger la sérénité réelle, mais toujours fragile des femelles dominantes.
Le danger, dans le cas précis du cours de step, étant une petite nouvelle qui pour x raison : un arrière-train rebondi, un bonnet un peu plus profond (l’étendue du Q.I. ne représentant pas un risque réel), pourrait évincer les anciennes et gagner le "cœur" de Kévin...


C’est la réflexion d’une compagne de galère qui, un jour, m’a ouvert les yeux : "Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour plaire aux mecs !" Nom de dieu, mais c’est bien sûr. Je ne faisais pas ça pour moi, je faisais ça pour séduire. Aucun plaisir, non, juste l’envie de souffrir pour coller à une image qui normalement aurait dû me permettre d’élargir considérablement l’éventail de spécimens masculins se trouvant à ma portée.
Mais que j’étais conne !
Vous en voyez beaucoup des mecs, qui s’infligent des tortures hebdomadaires pour plaire au sexe opposé ? Y en a, oui. De plus en plus, certes. Triste revanche....
Mais c’est quand même pas la majorité.
Et pourquoi, moi, j’irais me triturer les abdo-fessiers alors qu’il est tellement plus naturel d’accepter un mec comme il est, avec ses défauts.


-  Ma décision était prise. Et c’était la bonne.
La prochaine fois qu’on me reprendrait à faire du sport, ce serait pour la bonne cause : mon plaisir et rien d’autre.

 

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