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La fête foraine


POÉSIE - TEXTES SUR LE THÈME "LA FÊTE FORAINE"

mercredi 1er mars 2006, par Collectif CPN

Proposés sur le forum nanook , voici quelques textes des membres du forum poètes de la banquise (Judas Bricot, Frédo, Nawenn, Emkalan, LaHyenne, Funram, Dragounet) sur le thème "La fête foraine".



-  Le spleen en fête...
La fête foraine s’était posée en haut du mont Parnasse,
Là où nous, poètes illuminés de mélancolie,
Allions tristes, seuls et nos âmes ivres de guerre lasse
Donner corps à nos vers en les déclamant à l’envi
Tristes jours que ces barbes à papa, ces pommes d’amour
Foisonnantes de bonheur, écœurantes de mille coeurs ouverts
Et de ces baisers lancés au loin par la foule aux alentours
Animant par leurs flonflons le sucre et l’absinthe au fond de nos vers
Que faire, Ô Perséphone toi qui guide les âmes décharnées
La traversée de cet océan de joie pour se rendre au belvédère
Ne pouvait être, grand dieu, que le terrible supplice d’un Prométhée
Ou d’un Polyphème dont un Ulysse en aurait jeté l’oeil unique à terre
Des rires m’empoisonnent, gras, clairs et nerveux d’un plaisir éhonté,
Des bras me chahutent et des châles encrassent l’air de leurs suaves arabesques
Des odeurs entre toutes étranges de gaufres, de petits pains et de crèmes brûlées
Finissent par atteindre le tréfonds de mon âme d’une faim barbaresque
Las, les tripes maugréant de nauséeuses pensées en mon plérome
Hercule lui-même ne dût abattre autant de quilles de mille couleurs
La honte saillante d’être ivre de joie jouait ses borborygmes, mille bonheurs
M’assaillaient. Fuir, ne plus rire, réfugié en cette île de détresse, Ô doux train fantôme
Me revoilà, Ô mélancolie, ton rire décharné ; ma poésie rouvre sa langueur
Les rires s’estompent et des soies d’araignées me chantent leurs mélopées
Et des squelettes aux longs ennuis tremblent de toute leur maladive agonie
Le soleil lui-même d’ici a fui, c’est sans plus d’espoir qu’enfin aux chauves-souris,
Aux crânes blanchis que je brandis déjà ouvert comme une arme, mon recueil
Aux forains, sublime vengeance, en les mitraillant de ma triste poésie...
(Judas Bricot)



-  Petit accordéon au milieu d’une fête
Un vieux chapeau devant toi posé
Des gens qui passent et qui te jettent
Pour une triste romance fredonnée
Cent sous de plus
Cent sous pour souper
Cent sous pas plus
Cent sous c’est assez
Tout à l’heure tu arrêteras de jouer
Et chez le marchand de marrons
Pour la seule fois de l’année
Tu laisseras tes vieux croûtons
Marrons tous ronds
Marrons bien chauds
Marrons tous bons
Noël de clodo
Demain tu retrouveras ta rue, ton coin
Tes croûtons, ta crasse et tes poux
Mais maintenant tu t’en fous de demain
Tu aimes, tu goûtes, tu savoures le goût
Pas bien, pas beaucoup
Le temps d’une heure
Tu savoures le goût
Le goût du bonheur.
(Frédo)

-  Bienvenue dans le manège de la vie
Tours de magie et mélancolie
Au stand de tir sur les droits de l’homme
C’est chacun pour sa pomme
D’amour
Chacun cherche la forme
Qu’il peut prendre dans des visages mornes
Tours de magie et cartomancie
Bienvenue dans le manège de l’oubli
(Nawenn)

-  Je vis dans un monde étrange avec ma reine.
C’est un grand manège, une fête foraine,
Un carrousel dont on aurait lâché les rennes,
Prenant de l’élan car y bout dans l’arène.
Nous allons visiter le palais des glaces,
Où nous devenons nos propres murs, angoisse,
Se trouver par ce contact froid, salace,
Ironique, et partir sans laisser de trace.
Puis nous ferons les montagnes russes hallucinées,
Dans les monts et les abysses de nos baisers,
Avant de s’envoler tels des ballons d’hélium,
Pour retomber enfin au milieu du forum.
Réglisses à deux et sucres multicolores,
Pommes d’amour au nez et à la barbe à papa,
Dévorer ces doux sourires encore et encore,
Jusqu’au train fantôme, amusant au-delà.
(Emkalan)

-  Barbe à papa
D’abord un frémissement des narines
Me révèle sa présence envoûtante.
Son odeur sucrée appelle Famine,
Guimauve ou caramel toujours me tentent.
Puis je l’aperçois, tentant l’air de rien.
Voletant, léger, semblant m’appeler,
Tout ce sucré tournoyant esseulé,
N’attendait que moi pour créer ce lien.
Enfin je la goûte, oriflamme au poing.
Collante égérie, bonbon gigantesque,
On m’envie, qui me voit marcher au loin ;
Fier comme un coq, je me fous du grotesque.
-  (LaHyenne)

-  Voici la dernière valse du monde
Celle de nos pensées les plus immondes.
Voici la dernière valse du monde
Celle qui nous conduira à notre tombe.
Je vis, face aux passants
Sous leurs yeux indifférents
Ma détresse les implorant
Regrettant les anciens temps.
Je vis, sur la chaussée
Dans mes souvenirs réfugié
Avec pour tout ami mon passé
Et mon vieil orgue désaccordé.
Voici la dernière valse du monde
Celle qui réveille les peurs profondes.
Voici la dernière valse du monde
Celle qui produit l’hécatombe.
Je vis, pour quelques piécettes
Pour les toutes dernières miettes
Entre la vie d’une fête
Et la solitude d’un chant de mouettes.
Je vis, dans ce grand cirque
Ce chapiteau du grand comique
Plus sacré qu’une basilique
Qui diffuse un bonheur tragique.
Voici la dernière valse du monde
Celle pour qui tous se lèvent puis tombent.
Voici la dernière valse du monde
Celle en qui mes horreurs se fondent.
Je meurs, comme un fétu
Comme un élément incongru
Dans un monde sans dessous dessus
Tel que j’ai toujours vécu.
Je meurs, sans soupir ni pleur
Emporté par la Mort et ses soeurs
Dans cette solide noirceur
Pour cesser de jouer dans ma torpeur.
C’était la dernière valse du monde
Celle qui a réveillé mes pensées les plus immondes.
C’était la dernière valse du monde
Celle qui m’a conduit à ma tombe.
(Funram)

-  Petit homme
Le rire dans les yeux des enfants
Leurs parents s’amusent des boniments
Du bonimenteur. Une voix forte
Dans le haut-parleur, fait claquer
Les flonflons, les chansons de la fête.
Se faire des frayeurs et vomir
Dans un signe infini de la taille
D’un building. Se faire des frayeurs
Et frémir, couloir des horreurs.
Gloutonnement avaler
Les filaments sucrés, rosés
Les pommes rouges de la tentation
Errer de stands en stands. Tirer
Gagner un ours jaune et bleu. L’offrir
À son aimé. Danser et boire
Au son des derniers hits. Finir
La soirée par le cabinet
Des curiosités. Bousculer
Les autres. Arriver à ses pieds.
Le petit homme, la curiosité
L’objet de notre hilarité
Pas comm’nous, petit homme a
Le cœur brisé. Corps exhibé.
P’tit homme peut bien pleurer.
Le spectacle va commencer.
(Dragounet)

 

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Le CPN c’est le Collectif des Poètes Nanook avec plein de poètes qui écrivent de la poésie sur le forum nanook. (Illustrations : Nawenn)

 

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