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Le dépassement de soi


POÉSIE - TEXTES SUR LE THÈME "LE DÉPASSEMENT DE SOI"

dimanche 20 novembre 2005, par Collectif CPN

Proposés sur le forum nanook , voici quelques textes des membres du forum poètes de la banquise (Judas Bricot, Nawenn, Lahyenne, Dragounet, Funram, Emkalan) sur le thème "Le dépassement de soi".



-  J’avais pourtant
Dans le rétroviseur regardé
De droite et de gauche
Un coup d’oeil bien placé
Là, j’étais près, avec cette limite
Inéluctable, moi-même
En ligne mire
Moi-même comme cible
Angoisse fébrilité
L’instant se tort, et s’étend
Je n’hésite plus un instant
Je sors mon clignotant
Me dépasserai-je cette fois
Irai-je au delà, de là, de moi
D’ici, et pour un meilleur après
Là-bas.
J’accélère, je m’en vitesse
Contre ma peur, terrible
Le gouffre de mes échecs
M’attend, devant, tout autour
Dedans...
Ne pas y penser, ne pas regarder
En bas
Regarder loin devant, j’y suis
Déjà
Et ça y’est, j’y suis je l’ai
Je me suis laissé sur place
Derrière moi.
(Judas Bricot)



-  Se tromper
Tomber
Pleurer
Souffrir
Choisir
Agir
Se relever
Marcher
Se battre
Gagner
Se dépasser
Se souvenir
Sourire
(Nawenn)

-  Un pas, puis un autre, et encore un...
Effort de poser le pied à terre,
Et calmer sa douleur dans la paire
De chaussures renforcées, le pied en coin.
Oui, je suis malade, oui je suis souffrant.
Oui, ma vie maussade me mène au tout venant.
Car depuis ce jour d’accident, ma chaise m’étouffe
Et ses roues de manège pour faire semblant
De rouler au pas, pas le temps de dire ouf
Avant de tomber en avant.
Un effort, pour se relever,
Je suis mort d’avoir même essayé.
Mais je peux, mais je dois abandonner ce siège
Et souffrir en vain pour tenter de quitter ce manège.
(Lahyenne)

-  Dépassées, mes limites ?
Où sont-elles ? Que je les dépasse.
Mes limites, je les cherche.
Je voudrais les trouver.
Pouvoir les dépasser.
Dois-je les dépasser ?
Ou simplement les repousser ?
Quelle est la différence ?
Dépasser un point.
Pour cela, il faut qu’il soit fixe,
Et alors de toutes mes forces,
En m’expulsant de moi-même,
Je le dépasserai
Mais est-ce mon but ? Est-ce humain ?
Les repousser.
Prendre mes limites et faire en sorte
De les placer un peu plus loin.
Parfois ceux qui nous aiment,
Sans le savoir font pousser en nous des limites
Là où nous n’en avions pas.
Ces limites-là, je veux bien les annuler.
Mais les miennes propres,
Celles qui font de moi un humain,
Je me contenterai de les chercher.
Et quand je les aurai trouvées,
Je me dirai que j’ai détruit les limites artificielles
Que l’on m’avait données.
En quelque sorte, je les aurai dépassées.
Mais mes limites à moi, je les garde.
Et jamais, je ne dépasserai
La frontière sacrée.
(Dragounet)

-  Je les ai vu venir, ces fantômes, la torpeur, le stress.
Je les ai senti se jeter ensemble sur mon âme en détresse.
Ils erraient autour de moi, ne cessant de répéter
Que j’étais un incapable, que je ne pourrai pas y arriver.
Hurlant de leurs voix innombrables
Des paroles qui me rendraient instable.
Fomentant devant moi leur sinistre projet,
Traversant ma conscience comme d’une perceuse le foret.
Je les ai entendus, ces monstres invisibles,
J’ai su de quelle façon horrible
Ils faisaient perdre la conscience aux gens.
Ils leur font perdre toute confiance, évidemment.
Ils imprègnent chaque partie de l’être.
Ils déforment tout entier le paraître.
Leur seul et unique but
Est d’entraîner chacun dans leur chute.
Je les ai subies, ces terreurs indicibles,
J’ai failli tomber dans leur désir.
Tout abandonner.
Tout laisser tomber.
Mais je me suis rebellé !
Je me suis relevé !
Et à force de persévérance,
Je les ai vaincus, quelle jouissance !
C’est ainsi qu’âgé d’une année,
J’ai commencé à marcher.
Car n’est-il pas vrai que ce petit exploit,
Accompli par tout un chacun,
Considéré plus tard comme un rien,
Est le plus grand dépassement de soi ?
(Funram)

-  Gravissant cette montagne sous le soleil,
J’ai cru que la nuit s’était abattue sur moi,
Et que j’avais enfin succombé au sommeil.
Pourtant je sentais cette chaleur, doux émoi.
Avais-je été aveuglé par cette ascension ?
J’avais peur de retomber dans ces brumes
D’où je venais, pour m’atteindre, en papillon,
Laissant derrière ce cocon d’amertume.
Peut-être m’étais-je empêtré dans ce voile,
La triste Mâyâ de mes propres mensonges,
Complaisance insipide où je vivais, toile
Où je suis l’araignée et la proie qu’elle ronge.
Peut-être étais-je face à ce noir monolithe,
Emplissant toute ma pensée comme la peste,
Me détruisant pour mieux renaître, un rite
À l’ombre de la stèle de Siva je reste.
Alors de mes doigts je déchirais cette soie,
Et réduisais cette muraille en poussière,
M’usant jusqu’au sang, jusqu’à ce qu’enfin je vois,
Dans le noir, le rouge sombre de ma matière.
Enfin j’avançais d’un pas, et me retournais,
Pour me voir carbonisé, me semant aux vents.
Et entre mélancolie et joie, regardais
Le sommet, ma mort. J’espère me trouver avant.
(Emkalan)

 

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