Proposés sur le forum nanook , voici quelques textes des membres du forum poètes de la banquise (Emkalan, Judas Bricot, Lahyenne, Dragounet) sur le thème "la fin du monde".
Je marchais seul sur cette route, sombres yeux,
Les miens, ceux de mes ombres, ceux de ce chemin,
Naviguant entre leurs doigts d’ébène noueux.
Le cadran solaire indiquait presque la fin,
Son début. Mes veines s’asséchaient comme les rivières,
Après les sables noirs et les pluies de venin,
Un éclair noir brisa le ciel comme du verre.
C’était Sélène, me fixant et se fendant,
Comme mon cœur, d’un sourire pâle et amer.
En moi Samaël prenait conscience, dieu dément.
L’Innommable, terreur chtulhienne, s’avançait.
Après ce monde qui fut sa folie, néant ?
Et vint alors ma révélation. Elle volait,
Belle séphira, et son beau regard empli de douceur détruisit cet univers agonisant en un souffle, ne me laissant qu’elle et moi.
C’était la fin du monde.
La fin de mon monde.
C’était le début du nôtre.
(Emkalan)
La fin d’un monde
J’ai regardé loin, loin derrière moi
Loin, j’ai scruté le passé
Gratté les pierres
Et feuilleté les pages
Entre mes mains
Un avant, un après
Le temps des guerres
Et d’enfin possible, une paix
La fin de ce monde barbare
Cruel à n’en plus finir
Fait de haine, de rage
De vengeance, et de rapine,
D’une faim inextengible
D’une soif de domination
A nulle autre pareille
J’ai entre les mains
Les épées, les glaives
Les arcs et les fusils d’assauts,
Les bazookas et les bombes
Les cavaleries et les tanks
Les avions de chasse, les fusées
J’ai sur les mains
L’histoire et le sang
L’histoire écrite en lettre de sang
Nourrit de larmes, de tripe, et de victoire
De massacre, et de génocide sans nom
J’ai un crépuscule des dieux
Un Ragnarok, un Armageddon
Ils sont tous là
Vêtus de peaux de bêtes
Vêtus d’armures et de côte de mailles
Portant blasons, et autres médailles
Portant drapeaux, et sonnant la charges
Roulant le tambour, joyeux au son du fifre
En ligne, en carré, en quinconce
En ordre de bataille, n’attendant qu’un signe
Et ils pataugeront encore dans la boue,
Déjà enterrés, déjà dans la glaise
Qu’il pleuve ou qu’il neige
La mort fébrile, attend chacun d’eux
J’ai entre les mains, le savoir ancien
La sagesse des anciens,
Le "si vis pacem parabellum "
J’ai le verbe, et la foi, et le coeur
J’ai entre les mains les clans
Les monde barbares, leurs histoires
Leurs flambeaux, leurs oriflammes,
Dressée entre toute, ma langue d’acier
Mon verbe de fer, la langue comme une épée
Que résonne trompette, que l’éclipse s’avance
Que la lumière se fasse, que le jours ne prenne fin
Que le jours cette fois ne prenne plus fin
Et à jamais, pour toujours,
Qu’ unis dans la diversité,
Ils soient, tous
Européens.
(Judas Bricot)
La lame Il est la lame.
La lame amère de trop frapper,
La larme de misère qu’il donne
A ses ennemis terrassés.
La lame fine qui ne peut s’arrêter.
Le carnage redouté,
L’éternelle mort.
La bataille finie,
Il la frappe encore.
Ce combat qui jamais ne s’achève,
En guerrier solitaire
Traversant les champs,
Sur les cadavres sanglants
Des malheureux ayant croisé
Son fer, de lance.
Il avance
Lentement,
Semant la terreur,
Mort et destruction,
Du sang des pleurs,
Tristesse et désolation.
Il est sa lame,
Fier et tranchant
Et il perd son âme
File et coupe son coeur
Ayant perdu toute noirceur
Dans un état d’inconscience
Rage et torpeur
Fureur sans patience,
Il est la mort sans peur.
Et il tranche
Et il coupe
Et il tue
Et il es
Tueur
Sans gloire,
Lutteur
Sans espoir,
Guerrier
Sans pitié
Et sans fin
Autre
Que la sienne
Et la nôtre.
(Lahyenne)
L’ultime
Dans un effort incessant, graver
Dans la roche, les traces de ses pas.
Gravir sans gravité pour y échapper,
Dormir sans s’arrêter, tendre les bras pour s’élever.
Souvent recommencer à chercher.
La prise n’était pas bonne, elle ne menait
A rien. Regarder vers le bas, mesurer
Le chemin parcouru. Regarder vers le haut.
Le sommet n’est pas loin. Plus qu’un pas.
Mais le souffle est court, les muscles tendus,
Tétanisé, ne plus pouvoir avancer,
Chaque mouvement est douleur, semble une éternité.
Se hisser au sommet, épuisé.
Sentir son corps en une crampe continue,
Des larmes qui embrument le regard,
Se dire qu’elles ne seront que passagères.
Et guetter le moment où enfin
Le sommet est atteint. S’asseoir au bord
De la falaise. Contempler le monde d’en bas.
Goûter l’ultime effort qui nous en a séparé.
(Dragounet)