Proposés sur le forum nanook , voici quelques textes des membres du forum poètes de la banquise (Dragounet, LaHyenne, Emkalan, Judas Bricot, Nawenn) sur le thème "Les dimanches en famille".
Repas du dimanche en famille
Deux mots de trop : dimanche, famille
Mémé, obèse, en bout de table, trône
Pépé, discret et minuscule, gauche.
Elle l’écrase.
Il s’écrase.
Elle suffoque. Tragédie.
Elle ordonne. Asphyxie.
Mon père boude, obéit.
Ma mère sert ou dessert.
A l’autre bout, je fais mon cinéma.
Trois heures à table. Voudrais sortir.
Mais on n’en sort pas si facilement, comme ça
Les adultes ne l’ont pas dit.
Fromage, dessert, café.
Haleines alcoolisées.
Pour faire rire
Fais des imitations.
Grand-mère n’aime pas, donc ne rit pas.
Quatre heures,
Tourne en rond, inexorablement.
Autour du pâté de maison.
Je cours
Les adultes me rappellent
Que je dois attendre la vieille.
Marcher à son pas.
Elle souffle et elle gémit
mais n’avance toujours pas.
Sous son autorité
Et sa lenteur de pachyderme sclérosé
Attendre la fin de la promenade digestive qui me fait gerber.
Juliette Gréco chante Je hais les dimanche.
Pour d’autres raisons,
Petite fille comprend la chanson.
(Dragounet)
Le dimanche de trop Tout bébé, qui pourrait leur donner son avis ?
En poussette j’ai dû rouler sur le parvis.
Me voilà baptisé sans l’avoir demandé
Oui mais c’est pour ton bien qu’embrasser la clarté !
Turbulent puis puni pour avoir rigolé
C’est une affair’ de vieux que rester silencieux.
Moi qui croyais bien faire en chantant leurs couplets,
Bien que j’ai compris vite où étaient leurs hauts cieux.
Et le jour où j’ai fui, emmerdant leurs conn’ries,
Enonçant aux parents qu’il fallait me laisser
Ils en pleuraient les pauvres de me voir en vie
Moi je jouais, et eux ils priaient sans répit.
Ils m’apprenaient pardon, moi j’ai abandonné
Leur heure de torture et de debout-assis.
(LaHyenne)

Comme Alice fêta son non-anniversaire,
Avec chapelier et lapin, folie martienne,
J’ai vécu avec ma famille pas entière,
Les non-dimanches avec elle, sans trop de peine,
Car il y avait l’unique, mère au couscous,
Dans ses jungles où vivent les êtres à pênes,
Exposition constante, esprit en pousse-pousse,
Le monde dans son macrocosme aux yeux bleus.
Quel bon souvenir que ces bambous qui poussent,
Près des effluves de menthe, où moi, heureux,
Toujours en freelance, j’avais trouvé un lien,
Ma famille en elle, ma grand-mère, quelque soit le jour...
(Emkalan)

L’histoire était que c’était dimanche,
Dimanche en famille...
L’histoire voulait que nous fussions
Attablés, alors nous mangions...
Entre l’apéritif, ponctué de pistaches
Et d’alcool divers...
Le théâtre familial prenait corps
La scène de la semaine
S’ouvrait
Une semaine à finir tous ensemble
A redéfinir le temps de quelques plats
La dimension pan-familiale
D’une unité mobile
D’une identité personnelle
A renouveler
Dans une identité globale
Les acteurs s’étaient chauffés la voix
Depuis le matin dans la salle de bain
Se maudissant les uns les autres
A coups de shampoing
Et en martyrisant le temps
Et l’eau chaude
Plus que raison
Se querellaient
Pour des futilités temporelles
Pour des problèmes de robinetterie
De cheveux épars.
S’ouvraient
En diverses potions, lotions
Et autres soins du corps
Familial
Fin prêt, le hors d’oeuvre ouvrait le bal
Mêlant des histoires banales à mourir
Et des positions idéologiques indéterminées
Rouvrant les affects et en refermant d’autres
Grand-mère au bout de la table trônait
Presque en silence
Le jeu des âges, des subjectivités
Des positions inconciliables
Des point de vue qui s’échauffent
En vertu du degré alcoolique absorbé
Le dimanche alors s’accélère en coup de gueule
Et la dinde dominicale n’en finit de recevoir
Des coups de fourchette vengeurs
L’appétit vient en discutant dit-on
Et puis la messe étant dite
Et puis le dessert, le café,
Avec deux sucres, avec un ou sans.
Je ne me rappelle jamais
Une fois la table desservie
Une fois la table essuyée
Et le sol balayé
La vaisselle faite
Essuyée
Et tout bien rangé
Alors, l’après midi
S’en allait,
Se dissolvant doucement
Chacun ayant repris son cours
Sa trajectoire
Seul (Judas Bricot)

Dans les dimanches en famille,
On trouve parfois
Un peu de poulet et quelques fayots,
Des mères poules pondeuses d’enfants redoutables.
Même le chien se tient mieux à table !
Pendant que cuit le rôti de veau,
On s’essaie à des jeux de mots.
Est-ce la crise de nerfs ou de foie ?
Toujours est-il qu’on y mange bien
Et qu’il y a souvent du bon vin.
Crevettes grises et charcuterie...
Les enfants ne veulent pas rester assis.
On leur met une laisse mais ils crient.
On leur met une muselière et c’est le paradis !
Le chien attablé, spirituel, raconte quelques plaisanteries.
Arrive alors le plat de résistance,
Puis fromage, dessert et café.
Que sonne enfin l’heure de la délivrance !
Vous êtes vraiment formidables
Si vous avez lu ce texte en entier.
Merci de bien vouloir prendre ces quelques phrases
Au second degré.
(Nawenn)